Reparations

Article de Didier Michel, dans Lekolozis, No 10, 3 avril 2021.

2021 est une année qui marquera l’histoire si l’on tient compte des évènements qui ont permis l’avancement des revendications des réparations du crime de l’esclavage tant sur le plan mauricien qu’international.

Dans la République de Maurice, le 1e février 2021 a marqué les 20 ans de célébrations officielles de l’abolition de l’esclavage depuis 2001. L’accord conclu entre le M.S.M et les Verts Fraternels pour les élections générales de 2000 a permis à ce que cet évènement soit célébré par un jour férié. Toutefois pour parvenir à cela, il a fallu 25 ans de lutte acharnée bravant les préjudices ou préjugés  montés de toute pièce visant à conduire le descendant d’esclave à rejeter sa propre culture ainsi que son histoire.

En novembre de cette année-ci, cela fera une décennie depuis que les
recommandations de la Commission Vérité et Justice ont été communiquées aux autorités compétentes pour prendre les mesures qui s’imposent. Ces recommandations sont uniques au monde. Elles permettent de prendre les mesures nécessaires sur le plan économique, culturel, juridique, politique et social pour éradiquer  les séquelles de l’esclavage sur le sol mauricien. De ces 290 recommandations, seulement 2 ont été réalisées à moitié : le musée intercontinental de l’esclavage et la  Land Court  de la Cour Suprême.  On avance à pas de tortue !       

Sur le plan international, il y a 20 ans que la loi Taubira a été votée par
l’Assemblée nationale française. Par cette loi, la France reconnaît l’esclavage et la traite négrière comme crimes contre l’humanité. La grande lacune de cette loi se trouve dans le fait qu’elle a évincé les mesures réparatrices du crime de l’esclavage alors que le projet de loi dans sa forme initiale prévoyait des réparations. Comme mode de réparation, le gouvernement français a choisi de commémorer l’abolition de l’esclavage par une journée commémorative au Jardin de Luxembourg. Et le tour est joué !

En août 2001, les Nations Unies ont reconnu l’esclavage, la traite négrière, le colonialisme, le racisme, la xénophobie comme des crimes contre l’humanité en adoptant des résolutions, à Durban, en Afrique du Sud… Les réparations ont été encore une fois écartées pour faire place à un plan d’action agencé par un Groupe d’Experts pour la descendance africaine. En
20 ans d’existence, le Groupe d’Experts n’a pas pu faire avancer la cause des
descendants d’esclaves ni même la cause africaine.

Aux États-Unis, l’élection et la réélection de Barak Obama pour deux mandats successifs de janvier 2009 à janvier 2017 à la présidence semblait être une lueur d’espoir pour la cause des Africains-Américains. Il a été le premier Président noir élu. Ses deux mandats passés à la Maison Blanche ont démontré qu’il était hostile aux réparations car aucune mesure concrète n’a été adoptée afin d’enlever le racisme et le système inégalitaire
auxquels les Américains de descendance africaine doivent faire face.

L’arrivée de Joe Baiden comme 46e Président américain semble apporter une lueur d’espoir aux combats menés pour les militants de la cause des descendants d’esclaves. Le nouveau Président s’est dit en faveur des réparations du crime de l’esclavage pendant sa campagne présidentielle. En janvier de cette année-ci, le projet de loi relatif aux réparations pour le crime de l’esclavage dans le contexte américain a été déposé au Congrès américain. Même le Représentant John Conyers, le père fondateur du HR 40 n’a pas pu faire passer son projet de loi à la chambre des Représentants. Il a été le premier parlementaire africain-américain à s’orienter vers les réparations comme seuls moyens concrets de rétablir l’équilibre au sein de la société américaine. Son soutien de 1500 US$ à chaque famille affectée par la pandémie du Covid-19 a été une mesure allant dans le sens des réparations : la majorité des personnes affectées par la pandémie étant les Africains-Américains. Début du mois de mars 2021, la Fondation pour la Vérité et Réconciliation des Jésuites a prévu d’allouer 100 millions US$ aux familles dont les ancêtres étaient des esclaves appartenant à la communauté américaine des Jésuites. L’exemple des Jésuites démontre que les réparations sont possibles et quelles sont les meilleurs moyens à réparer le crime de l’esclavage.

L’Amérique continue toujours à donner l’exemple. La ville américaine d’Evanston dans la banlieue de Chicago va entrer dans l’histoire car elle est la première ville à offrir des réparations à ses habitants noirs à la hauteur de 10 millions de dollars sur les 10 prochaines années. Quand les Verts-Fraternels avaient déposé devant la Commission de Vérité et Justice en 2009, ils avaient réclamé des réparations pécuniaires au profit des descendants d’esclaves payable sur 10 ans. Ce sont les mêmes dispositions prises par la ville d’Evanston. Si les décideurs politiques avaient pris des mesures semblables quand la Commission avait rendu son rapport 10 ans de cela, le sort des descendants d’esclaves aurait été diffèrent en 2021.     

Dr Didier MICHEL, maître de conférences en droit public  

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