L e k o l o z i s – Nim. 11, Seri 2, Me 2021

‘Pas de « new normal » sans un réajustement de perspective…’
by Daniella Police-Michel,


À la mi-mai 2021, c’est l’Eid-ul-Fitr, qui met un terme au temps des Karem sur le calendrier mauricien.

Depuis les préparatifs en janvier menant au Cavadee par les Tamouls de Maurice, les différentes communautés de croyants se sont relayées chacune dans son temps de Karem, selon ses convictions et ses rites pour donner priorité à leur vie spirituelle et opérer un retour à l’essentiel. Toutefois, comme en mars-avril 2020, ce retour s’est fait à travers l’épreuve collective de la pandémie et du confinement national. Comme en 2020, la propagation du virus a bousculé notre société à tous les niveaux et encore cette année, à la sortie de nos temps de Karem, nous nous retrouvons appelés, convoqués, et contraints à entreprendre résolument les changements nécessaires
pour accorder nos modes de vies aux principes et milieux naturels qui les régissent.

Plus question de fuir notre condition humaine dans le réel !

Déjà à la sortie du confinement 2020, l’expression « retour au new normal » voulait signifier que la pandémie nous a mis dans la nécessité de fonctionner selon de nouveaux repères et de nouvelles normes. Parmi les changements les plus marquants, on peut citer l’expansion du « work from home » et des pratiques commerciales en ligne. Toutefois, nos efforts pour des pratiques plus écologiques restent motivés par des objectifs et perspectives destructeurs qui sont les facteurs prédominants des systèmes
sociaux que l’humain a développés : monter toujours plus haut (que les autres), gagner plus (peu importe si on détruit tout au passage), pour assurer notre sécurité (personnelle avant tout) et démontrer qu’on est meilleur que les autres.

Or, il faut se le redire de plus en plus sérieusement : le monde, tel que nous l’avons construit, est dans une crise réelle ; une crise sanitaire liée à une crise du climat qui en plus des 3 millions de décès atteints à ce jour, conduit à l’effondrement de tout un système social fondé avant tout sur le pouvoir de l’argent. Pour en sortir, il est important de prendre en compte, de saisir ce
qui caractérise l’humain dans le réel naturel où il se trouve pour opérer un changement fondamental de perspective.

Les catastrophes naturelles et la pandémie nous appellent à prendre conscience, à sa juste mesure, de notre condition humaine dans le milieu dont nous dépendons : des êtres qui sur le plan physique sont de l’ordre de l’infiniment petit dans
le système universel, pas plus perceptibles que le virus que nous combattons.

Cependant, nous sommes aussi des êtres qui par les sens sont capables d’appréhender les mouvements, les rythmes, les éléments du milieu naturel où nous vivons et de nous y accorder ; capables d’aller toujours plus loin en esprit pour comprendre les dimensions complexes de la vie humaine et de son milieu.

Ajuster l’économie à notre condition humaine et non l’inverse…

Or, la trop grande place qu’accorde l’humain aux aspects matériels de sa vie, traduit une perspective désarticulée par rapport à sa condition humaine dans le réel naturel. Cette perspective explique les systèmes sociaux qui se sont imposés dans différentes régions du monde et de manière globale, pour certains aujourd’hui. Ces systèmes privilégient ceux qui sont physiquement plus forts et/ou ceux qui possèdent plus de moyens matériels pour habiter en sécurité, produire plus de nourriture, de moyens de transport, de transfert de connaissance et d’information et de moyens de contrôle. Cette perspective
désarticulée génère l’insécurité intérieure, la peur de l’autre, favorise l’esprit de domination, de rivalité, de violence, et s’inscrit dans une logique de destruction.

Nous pouvons alors comprendre que le tournant écologique que l’expérience de la pandémie et des catastrophes naturelles nous invitent à prendre, consiste d’abord à reconnaître, accepter de prendre et respecter notre juste place dans le milieu naturel qui nous a été confié ; un milieu naturel qui, en même temps qu’il rythme et conditionne notre vie sur terre, nous appelle à prendre conscience de la dimension solidaire, universelle et éternelle de l’esprit humain. Cette perspective nous permet non seulement d’être ajustés à notre condition humaine ainsi qu’à son contexte naturel réel, mais aussi d’agir et de vivre avec les autres de manière cohérente et pertinente.

Dans le système global actuel, l’économie est devenue une religion avec la place prioritaire qu’elle occupe dans notre manière de penser nos modes de vies, notre relation aux autres et au monde, de même que notre passé, présent et avenir. Or, dans les faits, ce domaine dont l’objectif premier est la gestion
des biens matériels, résulte de la perspective, de la conscience que l’humain a de lui-même et de sa vie sur cette terre. Nous pouvons donc comprendre que si nous voulons sortir de la logique de destruction où notre pratique religieuse de l’économie nous a conduits, il nous faut redonner à cette économie sa juste
place : une gestion des biens matériels qui résulte d’une perspective réajustée de notre condition humaine dans le réel naturel.

Notre vocation à participer au concert de l’univers

Prendre le tournant écologique ne serait-il pas d’abord laisser nos corps, nos cœurs, nos esprits et nos âmes s’imprégner, s’abreuver des mouvements du réel naturel qui nous portent pour que chacune de nos vies se réajuste, telle une note de
musique de cet instrument particulier qu’est l’humanité, aux autres notes du concert ? À chacun de découvrir la note qu’il/elle représente pour s’ajuster là où il/elle est, à son environnement humain et naturel et y remettre de l’harmonie. Tout un programme qui est à la portée de tout un chacun pourvu qu’il/elle accepte de reprendre conscience de sa juste place et de sa juste condition humaine.

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